Gérard Fromanger au musée Marmottan / Claude Monet



Dans «Noire, nature morte», toile de la série «Quadrichromies», Gérard Fromanger établissait une liste chronologique des artistes qui constituent l’histoire de la peinture. Liste sans commencement et sans fin. Dans l’exposition qui vient de s’ouvrir au musée Marmottan de Paris il se mesure directement, et pour la première fois, à l’un de ses illustres pairs, et non des moindres : Claude Monet. Avant même l’inauguration la rumeur et parfois la rancœur agitait le microcosme «peinturluresque». Comment et par quel entregent, par quelles compromissions, Gérard Fromanger en était-il arrivé là ? Par quel égo démesuré à tendance usurpatoire avait-il osé se présenter sur un chevalet d’égalité avec une star incontestée de la peinture ? Nous pensons pouvoir fournir ici quelques éléments de réponse. Tout d’abord Gérard Fromanger est un pourvoyeur de propositions, une sorte d’entrepreneur de la gageure. Considéré comme un peintre de la rue il propose un jour aux responsables du musée Marmottan de se confronter à un autre peintre de la rue : Gustave Caillebotte. Sans le savoir il répond ainsi à un désir de ces mêmes responsables qui souhaitent, deux fois par an, ouvrir leur lieu à l’art contemporain en invitant un artiste à créer une œuvre en résonance avec les collections permanentes du musée. Et quitte à inaugurer ces «Dialogues» pourquoi ne pas le faire avec Gérard Fromanger puisque celui-ci s’est proposé. La Fortune sourit aux audacieux. Il y a ici certainement un peu d’égo, assurément de l’entregent mais en aucun cas compromission. De manière inopinée Claude Monet sera substitué à Gustave Caillebotte et pour attester de cet aléa le terme générique «Dialogues» de ces «expositions-rencontres» sera transformé en «Dialogues inattendus». Le fil étant noué, la toile de 200 x 300 cm de Gérard Fromanger rivalise-t-elle pour autant avec «Impression, soleil levant» de Claude Monet ? Indubitablement non diront les détracteurs du premier et les adeptes de la «petite sensation cézannienne». C’est oublier, à notre avis, que Gérard Fromanger n’est ni un grand ni un mauvais peintre dans l’acceptation classique du terme mais un conceptualiste de la peinture. Pour lui, au commencement d’une œuvre la toile n’est pas blanche mais noire de ce que tous les artistes ont déjà fait au cours des temps. La question qui se pose alors à un artiste d’aujourd’hui n’est pas de peindre le soleil mais de «comment peindre le soleil en 2019 ?». Le soleil était probablement le même sous Pharaon qu’aujourd’hui, mais la représentation que l’on s’en donne est sûrement différente aujourd’hui de celle que l’on s’en faisait à l’époque. «Le sujet est identique c’est la façon de le peindre qui a changé» dit Gérard Fromanger. Pour vous faire votre propre impression vous avez jusqu’au 29 septembre de cette année.