Sens et provenance



Depuis très longtemps Galerie Anna-Tschopp confie à ses visiteurs que, selon elle, la valeur d’une œuvre dite d’art tient plus dans la pertinence du «sens» qu’elle renferme et dans son histoire propre, donc sa provenance, que dans sa valeur plastique ou esthétique. C’est même de notre point de vue ce «sens» et cette histoire  propre qui lui confèrent cette qualification «d’art» dans la signification actuelle du mot. Celles qui en sont dépourvues sont, restent et probablement resteront de simples objets dont la valeur future ne dépendra vraisemblablement que du nombre des années. Le marché américain semble vouloir confirmer nos affirmations. A Washington un ­porte-parole de la National Gallery ne vient-il pas de déclarer : «Nous prenons très au sérieux les questions d’attribution et de provenance et nous avons examiné attentivement [une œuvre] en discutant avec des universitaires et en l’incluant dans les projets de recherche». Il faut dire que quelque temps auparavant le Getty Museum de Los Angeles avait dû reconnaître, sous la pression d’un collectionneur avisé, qu’il s’était fait refiler un faux Gauguin. Avec pour conséquence de devoir le «déclasser». La provenance devient donc plus que jamais un critère majeur de l’appréciation d’une œuvre. Le simple certificat d’authenticité établi par un expert, document si cher aux marchands, risque de devenir bien insuffisant en regard de la traçabilité, maître mot actuel aussi bien appliqué au contenu d’une assiette qu’à l’authentification d’un tableau Gageons toutefois qu’un joli faux affublé de son beau certificat a encore de l’avenir devant lui. Sur un autre plan une importante plate-forme de vente en ligne, elle aussi américaine, dans une étude de tendance du marché fait état d’un net retour de la peinture figurative et du «sens» dans les critères recherchés par ses clients. Les œuvres politiquement et socialement militantes seraient ainsi de plus en plus prisées. Une bonne nouvelle pour Galerie Anna-Tschopp qui affectionne particulièrement ce genre de travaux et dont un des onglets de classement sur son site internet n’est autre que «Critique politique et sociale». Dans ce registre nous possédons donc quelques œuvres de très belle facture signées de Sergio Birga, Nicolas Cluzel, Gérard Fromanger, Gibergues, Kilat ou Jean-Jacques Surian, lesquelles sont le plus souvent tenues par nos visiteurs pour laides ou dérangeantes, parfois les deux. Pour les faire accepter il nous faudra probablement attendre avec patience et sérénité que la tendance relevée dans l’étude américaine veuille bien franchir l’Atlantique (si jamais elle le fait) ou bien que notre public se convainc par lui-même du principe que, pour légitimes que soient tous les choix, le «sens», c’est à dire ici l’adéquation entre le contenu et le médium, est plus pérenne que le «beau», le «mode» ou le simple «décoratif». Il viendra un temps où les chiens auront besoin de leur queue dit le proverbe. Nous espérons bien que dans ce temps nous serons là.



Takashi le Magnifique



Des fleurs oui, mais des chrysanthèmes ! Takashi Murakami, star parmi les stars de l’art contemporain aurait déclaré en faillite sa société de production cinématographique, laquelle s’était engagée depuis quelques années dans un dessin animé que l’artiste n’arrivait pas à conclure. Takashi Murakami avait pourtant été classé il y a quelques années par Christie’s comme faisant partie des dix artistes les plus chers du monde. C’est dire son talent ! Mais pour «bankable» qu’il fût les montants pharaoniques de ses œuvres ne lui ont pas permis de couvrir dans la durée les coûts et les salaires de la centaine d’employés de sa petite entreprise. N’est pas Disney qui veut. A nos yeux Takashi Murakami conserve tout de  même le mérite d’être allé défier le bout de ses rêves. Passionné de bandes dessinées il a su en tirer un courant artistique. Il a aussi su user de sa notoriété et de sa réussite pour aider de jeunes artistes à émerger. Sa déconfiture actuelle ne fait que mettre en évidence le cynisme ordinaire de l’Art Contemporain™. Ses ex-thuriféraires brûlent aujourd’hui chez lui ce qu’ils ont adoré jadis. Ils lui reprochent sa mauvaise gestion, son train de vie dispendieux, une production pléthorique en inadéquation avec la capacité d’absorption du marché. N’en ont-ils pas profité ? Ne l’ont-ils pas encouragé ? Il a tout simplement cessé de plaire. L’ Art Contemporain™ s’est tourné vers d’autres idiots utiles.


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