L'institution ça ose tout



Avec une crise sanitaire qui n’en finit plus le marché de l’art, et plus encore celui de l’art contemporain, se porte mal. Les grands pèlerinages internationalisés sont annulés ou reportés à la chaîne. Les occasions de se distraire deviennent par là même congrues. Plus de bananes crucifiées sur une paroi de stand, plus de vessies artistico-indigentes érigées au rang de lanternes de l’humanité place de la Concorde. La vie paraît indiscutablement plus terne sans les farceurs institutionnalisés du mois d’octobre. Heureusement à Marseille on sait toujours fournir matière à consternation. En ce qui nous concerne nous devons notre dernière sidération à «Manifesta Marseille 2020» qui avait sèchement décliné le projet que nous lui avions proposé l’année dernière sans même l’avoir examiné. Aussi avons-nous été assez médusés de voir atterrir dans notre boîte aux lettres des programmes à distribuer à nos visiteurs pour promouvoir une manifestation dont nous avions été écartés. Pour ajouter du mépris à l’insulte les documents nous sont parvenus le 15 octobre pour une programmation débutant le 28 août. D’une modernité très relative nous considérons qu’une porte est ouverte ou fermée. «Manifesta Marseille 2020» nous l’ayant claquée au nez toute demande de coopération devenait malvenue. Les jolis prospectus ont donc pris le chemin de la corbeille. Depuis c’est «Manifesta Marseille 2020» qui a fermé.



Confirmation de foi



Le 2 novembre, lors d’une vente chez un commissaire priseur parisien, un petit tableau (91 x 71 cm) de 1972 de Michel Tyszblat a été adjugé pour 6000€ hors frais, ce qui donne à peu près 8000€ tous frais, impôts et taxes compris. Estimé entre 600€ et 1000€ il a donc pulvérisé sa «cote». Certes la vente avait lieu à Paris dans une maison de vente renommée, mais tout de même, faire six fois l’estimation haute ce n’est pas rien ! En y regardant de plus près ce tableau pour lequel nous nous étions positionnés, sans en être toutefois l’adjudicataire final, cochait plusieurs des cases qui, selon nous, font la valeur d’une œuvre. Sa provenance surtout puisqu’elle faisait partie de la collection Claude Pompidou. Passé l’étonnement du résultat nous n’avons pu nous empêcher de sourire en pensant à tous les visiteurs qui nous avaient très doctement assuré que les prix que nous affichons pour les œuvres de Michel Tyszblat  étaient irréalistes et bien au-dessus de la cote de l’artiste. Galerie Anna-Tschopp remercie donc encore une fois tous ces grands «sachants», tous ces experts du moins disant, tous ceux qui par leur refus étayé de «payer trop» lui font gagner beaucoup d’argent sur ses stocks. Comme nous l’écrivons dans notre présentation internet : tout ne se vaut pas. Il y a des bonnes et des moins bonnes pièces, voire même des mauvaises et parfois des exécrables. Chacune a son prix et c’est au regardeur de faire la différence. Nous ne vendons ni de la toile au m² ni du bronze au kg. Nous laissons ceci aux adeptes de la règle de trois et à qui possède une calculette à la place des yeux. Nos détracteurs pourront nous rétorquer qu’une vente ne fait pas le printemps, surtout quand elle se déroule à l’automne. Ils ont peut-être raison et l’avenir les confirmera... ou pas. L’abord que nous avons du marché de l’art nous oblige toutefois à relativiser cette lecture toute pécuniaire de l’événement. De notre point de vue une œuvre ne s’acquiert pas pour sa plus-value potentielle mais parce qu’elle plaît et mieux encore parce qu’elle «parle» à celui qui souhaite la détenir. Il est à ce sujet fort probable que Madame Claude Pompidou n’avait pas pour motif premier de réaliser une affaire sur la revente de son tableau. Nous en tenons pour preuve qu’elle ne l’a pas fait de son vivant. Nous espérons que c’est dans le même esprit que nos clients appréhendent le marché et c’est en tout cas dans cette disposition, que certains n’hésiteront pas à qualifier d’hypocrite, que nous leur proposons des œuvres. Les amateurs n’obtiennent pas chez nous le meilleur prix - quoique - mais le juste prix. Nous ne prétendons pas détenir la Vérité mais constatons que dans le temps le marché confirme assez souvent nos critères de sélection. C’est ainsi que nous concevons notre métier : croire en nos artistes, croire en nos choix, nous donner les moyens de tenir dans le temps. Le reste ne nous appartient pas. Mais appartient-il à quelqu’un ?


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