Voyage au château d'If



Un pas en avant, deux pas en arrière, un pas de côté puis un petit saut, quelquefois vers la droite, quelquefois vers la gauche, en claquant des mains. C’est le «madison cov» du gouvernement français. Une sorte de très ancienne danse incantatoire supposée éloigner les mauvais virus. Dans l’attente que l’exorcisme opère nous avons profité de notre distanciation sociale imposée pour faire nos fonds de réserves. C’est ainsi que nous avons exhumé deux bandes de toiles qu’il y a quelques années nous avions abandonnées suspendues à des pinces dans l’espoir de leur faire recouvrer une droiture qu’un stockage trop longtemps roulées leur avait fait perdre. Aujourd’hui remises au plat leurs formes particulières devraient ravir les éternels chercheurs de quadrature du cercle, les inlassables écumeurs de galeries qui, mètre à la main, recherchent plus une pièce d’ajustage qu’une œuvre. L’une a pour dimensions 244 x 63 cm et conviendrait parfaitement à qui cherche désespérément à habiller un espace étroit, logé entre deux portes et pour lequel jusqu’ici rien ne convient. L’autre, 69 x 216 cm, trouve naturellement sa place au dessus de tout très long buffet. Bref des arguments non négligeables pour un aficionado du décorum.  Néanmoins ces deux dessins présentent d’autres qualités que la seule logeabilité. Tout d’abord ils ont pour auteur Jean-Jacques Surian que nous considérons comme un des meilleurs artistes marseillais de sa génération. Ils sont également uniques dans la production de ce dernier tant par leurs insolites que par leur agencement totalement inhabituel. Il s’agit de fait d’un diptyque dont le premier volet est horizontal et le second vertical. Réunis, la surface inscrite ruine évidemment  les facilités d’insertion murale que nous venons de  louer. C’est pourquoi il peut être judicieux, voire préférable, de les séparer et nous ne nous y opposerons pas. L’ensemble décrit, vu par ses yeux d’enfant,  une excursion au château d’If, forteresse située sur un îlot à quelques encablures de Marseille, faite par J.-J. Surian et ses parents. Les trois apparaissent d’ailleurs, tricot rayé, robe à fleurs et cannes à pêche sur l’épaule dans le volet horizontal qui traite du départ de Marseille et de la traversée en mer. Le volet vertical s’attache lui plus spécifiquement à la visite de l’îlot et de son célèbre château. Les deux volets étant liés par la présence de la mer dans chacun d’entre eux et surtout par une même figure de bateau «transatlantique». Ce diptyque a voyagé trois fois en Chine, dont l’une au musée d’histoire de Canton. En effet la DRAC d’Aix-en-Provence l’avait sélectionné pour être présenté à l’occasion d’un hommage rendu à Alexandre Dumas, auteur semble-t-il très prisé là-bas, sur le thème «Monte Christo et le château d’If»