Marc retourne Cistercien



Les œuvres de Marc Petit réinvestissent pour quelques mois parc et salles de l’abbaye d’Auberive, en plein cœur de ce qui est aujourd’hui le parc national de forêts. L’exposition qui se tient jusqu’en septembre de cette année rassemble de l’ordre de deux-cent-cinquante sculptures et cent-cinquante dessins, tous postérieurs à 2011, date de la dernière exposition du même dans les mêmes lieux. Cette abondante production interroge d’autant plus sur la puissance de la veine créatrice de l’artiste qu’aucune pièce épuisée n’est présentée pour ne pas frustrer les collectionneurs déclarés ou potentiels avec des œuvres tout aussi alléchantes qu’indisponibles. Cette masse, quoique bénéficiant d’une scénographie fluide et aérée peut aussi poser problème au visiteur qui risque de saturer assez rapidement devant la somme d’informations à intégrer. C’est pourquoi nous conseillons d’y revenir plusieurs fois. En ce qui nous concerne nous y avons passé trois jours et si nous sommes certains d’avoir tout regardé, nous ne sommes pas sûrs d’avoir tout vu. Nous avons cependant reconnu avec plaisir des pièces que nous avons montrées lors de notre exposition personnelle de 2013 ou au fil du temps ensuite.  Certaines font désormais partie des collections de nos clients, d’autres sont toujours à la galerie et celles que nous n’avons pas pu garder faute de place sont reparties vivre leur vie ailleurs. Nous ne pouvons malheureusement ni tout acheter, ni tout stocker et cela constitue toujours une peine pour nous. Car qu’il s’agisse de peinture, de dessin ou de sculpture nous persistons généralement dans nos choix et aimons les conserver. Nous attendons simplement que l’œil de nos clients rencontre le nôtre. Et à chaque fois que cela nous est possible, après nous être séparés d’une œuvre, nous reprenons son double. Galerie Anna-Tschopp aime à la série ce que les bronzes savent offrir à la douzaine. Ce qui était jusqu’à présent le cas du travail de Marc Petit. Mais il faut ici oublier le passé car les us d’hier ne sont plus les coutumes d’aujourd’hui. Conséquence d’un succès grandissant les tirages trouvent preneurs de plus en plus rapidement et le temps de se décider pour un premier, les autres ont disparu. Il n’y a plus matière à réflexion. C’est pourquoi nous avons profité de notre voyage pour bloquer quelques pièces tant qu’elles sont encore disponibles. Nous les présenterons à l’automne prochain, en attendant une future exposition qui, si nous aussi voulions nous inscrire dans une «décennialité» devrait se faire en 2023.



8 + IV = douze



Nous profitons de l’éclairage qui est ici donné à un mode de production pour répondre à une question souvent posée : Pourquoi douze tirages ? Ceci relève essentiellement d’une problématique bien française. Soucieux de pouvoir faire rentrer chaque chose dans une case appropriée le législateur a voulu régir le nombre des tirages  afin d’en distinguer les vrais des faux ou plus exactement les originaux des éditions. Douze est arbitrairement la quantité légale au-dessus de laquelle les tirages ne sont plus considérés comme des originaux. Plus précisément la loi spécifie qu’il ne peut y avoir plus de huit originaux, distingués par une numérotation de 1 à 8 en chiffres arabes, auxquels il est toutefois possible, suivant le principe de la règle et de son exception, d’ajouter quatre «épreuves d’artiste», numérotées de I à IV en chiffres romains accompagnés de la mention «EA». Oui mais alors d’où provient cet arbitraire de douze ? L’explication qui nous est connue, et qui nous sied car ayant pour avantage d’être pour nous plausible est que jadis, en matière de bronze, artiste, commanditaire et fondeur se payaient sur la bête. Le commanditaire avançait les matériaux nécessaires à la réalisation mais ne rémunérait pas le travail de ses deux partenaires. Chaque intervenant recevait pour fruit de son labeur une fraction égale des tirages, lesquels s’établissaient donc obligatoirement en multiple de trois. Des différentes combinaisons possibles l’usage a fait que douze est la quantité qui s’est révélée la plus fréquemment produite. Le législateur s’est probablement inspiré de cet usage pour concocter sa loi. Corrobore ce modèle économique le fait que par la suite les artistes ont pris à leur charge les frais de fonderie dans leur intégralité et en contrepartie ont exigé des galeries les deux tiers du prix de vente public.


Actuellement visibles à Auberive et parfois aussi à la galerie