Retour gagnant ?



En ce tout début juillet se tenait à Paris, plus précisément au palais Brongniart, ex-bourse des valeurs, le salon du dessin. Une édition 2021 qui faisait plus que son âge puisque, premier confinement oblige, il s’agissait du report de celle initialement prévue pour mars 2020. Pandémie oblige la plupart des galeries étrangères n’avaient pu assurer leur présence, prises au piège d’une cacophonie sanitaire mondialisée. Pour la même raison le maigre public se présentait d’origine très contrôlée européenne. Mais qu’allions-nous donc faire dans ce salon ? Poussés par des artistes très inquiets de l’évolution du marché ces dernières années, évolution accentuée par la crise actuelle nous voulions envisager d’autres lieux de visibilité, d’autres circuits de vente, d’autres marchés que ceux de l’art contemporain estampillé comme tel. Le salon du dessin qui se veut tourné à la fois vers l’ancien, le moderne et le contemporain, se présentait comme une piste à tester. Et ceci d’autant plus que cette trentième édition se prévalait même de quarante pour cent d’ancien pour soixante pour cent de moderne et contemporain. De fait, de contemporain il n’y avait point, pour des raisons, à notre avis, uniquement financières. La manifestation se présente comme élitiste et se veut ne s’adresser qu’à un public «de choix», litote ici de «fortuné». Lieu de prestige, atmosphère ouatée, agencement discret, moquette épaisse et cravate de rigueur. En échange de quoi le prix d’un stand, identique pour tous, se négocie, tout compris, autour de vingt-deux-mille euros hors taxe pour quatre jours et six mètres carrés. Transport des œuvres et hébergement du personnel ajoutés, le chiffre d’affaires à réaliser pour couvrir ces coûts avoisine les soixante-mille euros toutes taxes comprises. Et encore, à ce niveau, si les artistes et les organisateurs sont ravis, le marchand, lui, ne pleure plus mais ne rit pas encore. Il est donc à craindre qu’avec de tels tarifs les artistes émergents ne soient pas près d’émerger. Nous en voulons pour preuve que les meilleures offres ne descendaient guère sous les dix-mille euros pour des formats timbre-poste. Pas tout à fait des prix correspondant à des artistes sortis de l’école dans l’année. En supposant que la cote de ces derniers s’établisse à deux-mille euros le dessin il faudrait en vendre une trentaine pour couvrir ses frais. Possible mais pas évident, et moins sûr encore si l’éloignement du principal lieu d’activité par rapport à Paris oblige à réaliser l’exploit sur la seule durée du salon. Le montant du ticket d’entrée exposant ne laisse donc que peu d’espace pour les artistes sans réelle notoriété et les soixante pour cent de «moderne et contemporain» avancés par les organisateurs se sont révélés se scinder en soixante pour cent de modernes et zéro contemporain. Des galeries pourtant spécialistes de l’art très contemporain n’avaient a priori pas souhaité dévoyer leurs artistes de grande renommée hors de la FIAC et plutôt que de proposer leurs jeunes pousses avaient opté en l’occasion pour des «noms» ayant définitivement lâché les crayons bien avant le tournant du millénaire. Il est d’ailleurs à ce sujet étonnant de voir comment certains professionnels, chantres de l’art dit contemporain le plus discutable de ces dernières années, «redécouvrent» des artistes qu’ils avaient sciemment méprisés et écartés au profit de leurs écuries d’alors, il est vrai, constituées de personnages beaucoup plus flamboyants et médiatiques. Les choix indirectement imposés aux exposants qui ne souhaitent pas que leur participation se résume à une simple figuration prohibitive ont cependant un effet secondaire assez préjudiciable. Les artistes disparus de longue date voient généralement leurs œuvres  soumises à des ventes, partages, droits successoraux successifs qui assèchent progressivement les possibilités d’approvisionnement sur le marché libre car la multiplicité des changements de mains mène graduellement les meilleures pièces aux mains d’institutions publiques ou privées. Avec le temps reste donc aux marchands pour champ d’action tout un bric à brac de brocs mêlant croquis, esquisse, note de voyage, art postal, dédicace, dessin de coin de nappe ayant servi à régler une addition. Tout un arsenal qui, quoique parfois intéressant, n’arbore qu’un très lointain cousinage avec le cœur de production pour lequel un artiste est généralement reconnu. Prendre le risque du meilleur en devenir et faible en revenus ou l’assurance de son contraire sera notre dilemme si nous décidons de participer dans le futur.



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