Bilan semestriel



Après un printemps plutôt chaotique il est déjà temps de tirer les premiers enseignements du bilan du premier semestre. De faux départs en reports, de reports en annulations il est en effet indispensable de distinguer ce qui est définitivement perdu de ce qui peut encore être sauvé. Galerie Anna-Tschopp ne pratiquant ni l’éphémère, ni l’avant-gardisme le plus extrême, rien n’est irréparablement dépassé ou disgracié en ce qui concerne sa programmation. Ce qui nous préoccupe plus est de nous projeter dans ce qui pourrait être l’organisation future du marché et le renouvellement de ses modes de fonctionnement. A ce jour la crise sanitaire semble vouloir accentuer une tendance lourde, à savoir la désaffection généralisée du public pour «l’art» qui à terme devrait mener à la disparition des galeries. Du moins de celles présentant des œuvres déposées par leurs artistes et reprises ensuite en cas de non-vente. Car si cette formule s’adapte toujours aux centres d’art et autres lieux «institutionnels» qui ne tirent pas leurs revenus de la vente mais de droits d’entrée et de subventions, elle ne correspond plus aux galeries dont les recettes proviennent exclusivement du succès commercial que rencontrent leurs manifestations. Les coûts de production d’une exposition mis en regard de la raréfaction du public font que seules les «grosses pointures» peuvent espérer y tirer leur épingle du jeu. Les retours sur investissement exigent aujourd’hui des chiffres d’affaires inaccessibles aux artistes peu connus, donc aux prix modérés, et seules les galeries de renom international sont en mesure d’imposer des débutants à des prix de confirmés, pour les rendre rentables. Les collectionneurs qui suivent les propositions de ces galeries parient d’ailleurs plus sur une valeur à venir que sur un artiste en devenir. Un peu comme ils pourraient investir, s’ils ne le font pas déjà, dans des «licornes», ces sociétés de moins de dix ans d’âge qui ne produisent que des pertes mais qui sont associées à des perspectives si florissantes que leur valorisation s’établit à plus d’un milliard de dollars chacune, rien que sur la confiance qu’on leur octroie. Les «petites» et «moyennes» galeries, surtout quand elles sont associatives et dépendantes des aides de plus en plus ténues que leur accordent les collectivités locales ont peu d’espoir de survivre dans ce marché de «grands». Pour puiser ses ressources quand les temps deviennent difficiles il faut des racines profondes. Et les racines pour une galerie c’est le stock. Nous pensons donc que l’avenir est aux marchands propriétaires de leur stock et si possible de leur lieu, à qui le temps permettra d’édifier sur les qualités d’un artiste comme il leur permettra de s’enrichir sur la valeur de ce même stock si leur travail de promotion est bien effectué. Activité «marketing» qui sera de fait «protégée» par la détention des œuvres pour lesquelles un travail promotionnel pourra être fait sans la perspective désolante de le voir piller par des confrères en recherche de produits «clef en main». Le marchand a accessoirement aussi pour utilité sociale de faire vivre les artistes, principalement les jeunes, par les revenus que ses achats leur procurent, ceci indépendamment du succès commercial rencontré par leur travail. Cependant pour ces mêmes artistes la donne risque de radicalement changer car si les galeries de prêt disparaissent il va leur falloir se fédérer pour se rendre visible. Un peu comme dans le monde d’avant, celui antérieur aux années soixante-dix du siècle dernier. Et il est fort possible que cette nécessité organisationnelle donne naissance à de nouvelles écoles, de nouveaux mouvements répondant aux mêmes désirs et nécessités que ceux dont l’Histoire de l’art est jalonnée et qui ont pour derniers représentants français «Support/Surface» et la «Figuration Libre». C’est en tout cas ce vers quoi Galerie Anna-Tschopp prend le pari de se diriger avec une appétence affirmée pour la dimension locale. Non pas que l’international ne nous intéresse pas ou plus, mais certains signes nous font penser que si la mondialisation ne nous ramène pas obligatoirement au village, elle côtoiera de plus en plus le village. Nous préparons donc des projets à contenu local ou national sans toutefois nous interdire de les porter vers une audience plus large si un intérêt devait s’y montrer. Nous achetons des œuvres, nous prenons des options sur d’autres, nous conceptualisons des thématiques d’exposition à cet effet. Si le virus et le gouvernement nous le permettent, rendez-vous à l’automne.