Eternel retour



Une de nos ministres a fait dernièrement une déclaration qui nous a montré que les utopies, même invalidées plusieurs fois par l’Histoire, ne meurent jamais vraiment. «Le modèle du pavillon avec jardin n’est pas soutenable et nous mène à une impasse», a-t-elle avancé. Le tollé qui en a suivi l’a obligé à revenir sur ses propos, et montre que le conflit entre défenseurs des villes horizontales et promoteurs des verticales n’est pas près de s’éteindre. Ainsi a-t-elle dû préciser : «Il n’est pas question d’en finir avec la maison individuelle. Oui, de nombreux Français rêvent de la maison individuelle car c’est une promesse de confort, d’espace et de tranquillité. Personne ne veut les en empêcher ni les en dissuader. Ils sont aussi en demande de services de proximité. Pourtant, les lotissements en périphérie des villes ne permettent pas toujours d’accéder à ces services et contribuent à un sentiment d’exclusion. Il faut donc repenser nos modèles d’urbanisme». L’idée d'un urbanisme maitrisé n’est évidemment pas nouvelle. Déjà Alphonse Allais en plaisantait : «On devrait construire les villes à la campagne car l’air y est plus pur». Charles-Edouard Jeanneret, dit «Le Corbusier» professait quant à lui des villages entiers concentrés en un seul bâtiment contenant habitats, écoles, commerces et services. On ne peut pas dire que le concept fut universellement apprécié et le sobriquet dont les marseillais ont affublé sa «Cité radieuse», devenue ironiquement «La maison du fada» illustre assez bien ce fait. «Le public n’a jamais tort» écrivait Adolph Zukor, patron de la Paramount. Quel que soit l’altruisme d’une proposition nul ne peut être forcé à aimer ce qu’il déteste. Du moins en démocratie. Plus proche de nous l’expérience des villes nouvelles conçues dans les années soixante/soixante-dix du siècle dernier ne fut pas non plus un franc succès. Dessinées à l’époque pour répondre au même projet de bonheur collectif que celui dont fait état notre ministre aujourd’hui elles se sont progressivement affranchies de leur populations promises pour s’abîmer dans ce qu’il est commun de nommer maintenant «les cités». En 1986 les prémices de ce fiasco furent traduits en image par Gérard Fromanger dans sa série «Cythère ville nouvelle». Nous engageons nos lecteurs à cliquer ici pour en connaître plus sur celle-ci et sur « Processus » que nous considérons comme sa pièce maîtresse. Cette série, mal perçue à l’origine, prend aujourd’hui un abord prospectif car gageons que si la ministre persiste dans ses objectifs les causes analogues de demain produiront les mêmes effets qu’hier.



Sauvez la date !



Tout l’art de la sculpture est de faire oublier son poids*. A l’occasion de la sortie du livre consacré au travail de BEPPO Galerie Anna-Tschopp présentera une dizaine d’exemples selon elle représentatifs de cette assertion. De ce choix nous espérons faire constater à nos visiteurs que sous l’apparente simplicité de construction des pièces se cache un vrai savoir-faire. Les formes semblent flotter dans l’espace alors que soupeser une pièce révèle immédiatement qu’il ne s’agissait là que d’une impression. La question qui vient alors à l’esprit est de savoir comment un tel poids peut paraître si léger, comment des volumes allant du simple au triple peuvent se déployer de part et d’autre d’un axe porteur et se maintenir en équilibre alors que les plus volumineux devraient normalement entrainer les autres dans leur chute. Il ne s’agit cependant que de l’habilité de l’artiste à placer le centre de gravité du tout exactement là où il le désire, à la verticale du socle. Talent qu’il possède au point de pouvoir réduire la surface au sol de ce socle au strict nécessaire et accentuer ainsi l’aspect aérien de l’ensemble. Cette opposition entre déséquilibre des parties et stabilité du tout confère une dimension dynamique à l’œuvre qui apparait alors comme un simple moment figé de son mouvement global. Pour les amateurs moins sensibles à la mécanique des corps demeurent cependant l’aspect purement plastique des œuvres, les effets de surfaçage des matériaux, leurs couleurs, leurs reflets, l’harmonie des différents blocs se répondant les uns aux autres. Et ceci, quoique trop souvent négligé par beaucoup de sculpteurs, quel que soit l’angle de vue.

*Daniel Bizien

 

Le samedi quatre décembre, de 15h à 18h, BEPPO dédicacera son livre chez Galerie Anna-Tschopp au 197 de la rue Paradis à Marseille.


Déjà visibles à la galerie