Bandits virtuels



Les NFTs sont la nouvelle coqueluche du marché de l’art. Si nous avons bien compris, un NFT est une sorte d’attestation numérique d’authenticité établie pour un produit virtuel et attachée à ce seul produit. L’originalité de ce certificat est qu’il serait théoriquement infalsifiable du fait de sa constitution en plusieurs parties géographiquement indépendantes et qu’il ne peut être modifié que si chacune de ces parties est modifiée. Un «hacker» doit donc avoir simultanément accès à l’ensemble des dites parties, lesquelles sont stockées en des lieux différents, protégés par des systèmes différents. Théoriquement impossible ! C’est la fameuse «blockchain». Cependant les NFTs pour nouveaux qu’ils soient génèrent aussi de nouveaux problèmes. Plus exactement ils ne les créent pas mais les déplacent. Un premier exemple nous en est fourni par le vol dont aurait été victime un collectionneur et galeriste new-yorkais. Celui-ci se serait en effet fait subtiliser pour deux millions de dollars de NFTs qu’il pensait pourtant en sécurité dans un data center. Mais du fait de la «blockchain» le voleur détiendrait aujourd’hui des titres nominatifs impossibles à négocier puisqu’ils ne portent pas son nom mais celui de leur propriétaire légitime. Pour changer ce nom il faudrait que le vide-gousset puisse également «casser» le data center où est enregistré le lien qui associe titre et propriétaire pour pouvoir se substituer au second ; modification de casting qui constituerait cependant une impensable aubaine pour les traqueurs de «hackers». La seule solution viable pour ce voleur semble donc de rançonner le propriétaire officiel, ou son assurance, en contrepartie d’une restitution des NFTs dérobés. Rien ici de bien nouveau sous le soleil si ce n’est le remplacement des anciens artistes de la pince-monseigneur par des ingénieurs en informatique. Pour postuler dans un gang il faudra bientôt faire état de ses diplômes. Après les voleurs, les faussaires ! Notre second exemple nous est donné par ces petits malins qui reproduisent, avec ou sans transformations, une œuvre reconnue sous la virtualité d’une photo numérique ou d’un dessin exécuté à la palette graphique pour les agréger ensuite à des NFTs. Ces photos ou ces dessins étant par eux-mêmes des originaux il est beaucoup plus difficile pour les officines de protection des droits d’auteur d’en appeler au plagiat. Il est à cet égard particulièrement savoureux de constater qu’un des plaignants les plus actifs représente les héritiers d’un célébrissime artiste qui de son vivant se targuait, dit-on, de «piquer tout ce qui n’était pas cloué au mur» pour s’en inspirer. La tâche est d’autant plus ardue que déjà certains musées ont vu dans les NFTs un moyen substantiel d’augmenter leurs revenus en mettant sur ce marché les reproductions d’une part de leur stock. Plus prudents que les faussaires ils ne s’y aventurent cependant que si les auteurs et héritiers sont décédés et les droits tombés dans le domaine public. Nous vivons une époque formidable !