Morteyrol at the winery



Le 24, c’est à dire demain pour ceux qui nous lisent dès réception, Galerie Anna-Tschopp sera dans l’impossibilité de recevoir ses visiteurs avec l’attention qui leur est due. Un empêchement incontournable puisqu’il s’agira d’assister à la première de l’exposition hommage dédiée à Bernard Morteyrol, laquelle se tiendra tout l’été au Château Thuerry, domaine viticole du Haut-Var. Quoiqu’une pâtisserie se soit implantée dans ses locaux Galerie Anna-Tschopp n’est pas une fervente du mélange des arts et plus particulièrement quand il s’agit de les produire dans des lieux qui ne leur sont pas dédiés. Nous déconseillons ainsi formellement à nos artistes de se compromettre dans des restaurants, des concessions automobiles, des halls d’entrée et salles de pas perdus diverses et variées. En effet un amateur de soupe glacée à la truffe n’est pas pour autant un admirateur des «Campbell’s» d’Andy Warhol ; et qui est prêt à débourser plusieurs dizaines de milliers d’euros pour une voiture n’octroiera pas obligatoirement ne serait-ce que le dixième pour un tableau ou une sculpture aussi intéressants soient-ils. Alors pourquoi nous autoriser à organiser ce que nous proscrivons par ailleurs ? Tout d’abord parce que nous sommes les exécuteurs testamentaires de Bernard Morteyrol en ce qui concerne la partie artistique de sa succession. Bernard Morteyrol est décédé en décembre 2019 et après deux années de parenthèse Covid il était temps de reprendre le cours des choses. Et puis il y a aussi cellier et cellier. Celui du Château Thuerry est équipé de cimaises et possède un éclairage. Tous les étés les propriétaires invitent des artistes à y montrer leurs travaux et cette année ils ont accepté d’en réserver la totalité à Bernard Morteyrol. Ce dernier n’était d’ailleurs pas étranger aux chais du domaine. Pas seulement parce qu’il résidait sur la même commune de Villecroze mais aussi, et ce n’est certainement pas lui faire insulte que de l’affirmer, parce qu’une bonne bouteille ne lui a jamais fait peur. Mais par une de ces pirouettes que l’Histoire affectionne, Bernard Morteyrol, soixante-huitard affirmé, gauchiste anti-capitaliste notoire, militant anti-impérialisme américain de toujours, se retrouve exposé dans une propriété dont il nous avait dit qu’elle appartenait à un célèbre réalisateur hollywoodien, vigneron à ses heures et détenteur de deux palmes d’or à Cannes dont l’une pour un film ayant pour thème la guerre du Vietnam. A ce jour son fantôme n’est toutefois pas encore venu nous tirer les pieds la nuit afin de nous rappeler que certaines promiscuités sont malséantes. Pour ceux qui n’aiment pas le vin ou qui ne pourront pas se déplacer nous publierons prochainement sur notre site la visite virtuelle de cette exposition.



Processus personnoïde



Galerie Anna-Tschopp a retrouvé un catalogue édité en 1986 par la galerie Isy Brachot à l’occasion de sa participation à la FIAC. Nous le connaissions de nom, de vue mais pas de contenu. Comme nombre d’experts qui glosent sur ce qu’ils ne connaissent pas ou qu’à moitié nous l’avons mentionné dans la note que nous avons consacrée au tableau «Processus». Il faut dire qu’en la matière nous supposions que notre moitié était la bonne puisque nous la tenions de la bouche même du principal intéressé : Gérard Fromanger lui-même. La découverte de l’autre moitié nous a montré qu’il fut une époque où les galeries effectuaient un réel travail de promotion au travers de leurs catalogues. Les reproductions étaient de qualité et les notes, établies dans notre cas par Félix Guattari, apportaient un vrai complément didactique aux visuels ; sans  échapper toutefois à un intellectualisme que certains pourraient qualifier d’abscons. «Les Brèves d’Anna» n’a, hélas, pas le niveau pour tout comprendre et espère beaucoup en ses lecteurs plus instruits pour l’éclairer. Nous donnons ici pour test un extrait directement issu du catalogue et portant justement sur «Processus». On arrive ici à la toile clef de la série. Les rapports d’autonomie territoriale se sont dissouts. Pas dans un éparpillement généralisé, comme c’était le cas dans la toile 5 mais à travers une fonctionnalité moléculaire, un «coulage» processuel. Les souches de couleur gèrent directement la prolifération personnoïde ; inversement cette dernière organise les souches intensives en constellations inédites d’univers. Nous sommes définitivement plus à l’aise avec la langue de Flaubert.


Actuellement visibloïdes à la galerie ou au Château Thuerry