Bonneteaux municipaux



Les Brèves d’Anna a profité de la canicule pour tester la fraîcheur réparatrice de l’eau sur la plage des Catalans. Pourquoi les Catalans ? Parce qu’à quelques encablures de la laisse de basse mer le «musée subaquatique de Marseille» y a fait immerger, par une dizaine de mètres de fond, des sculptures dans le but de créer des récifs artificiels aussi écologiques qu’artistiques. Les enfants peuvent désormais se prévaloir d’un prétexte culturel  pour sortir de l’enclos natatoire surpeuplé auquel ils sont généralement astreints car le musée se trouve juste à l’extérieur de ses bouées de délimitation. Lors de notre visite palmée, masquée et tubée nous avons pu admirer plusieurs œuvres monumentales déjà bien concrétionnées mais point de «Marc Petit», pourtant objet principal de notre curiosité pour les lieux. Une grande plateforme nue a cependant attiré notre attention, comme en attente d'un événement qui, nous l’avons appris plus tard, n’arrivera jamais. «Les histoires d’amour finissent mal en général» et celle de Marc Petit et du «musée subaquatique de Marseille» n’a pas contredit la chanson. Une histoire dont «Les Brèves d’Anna» se faisait pourtant un écho réjoui en février 2020. Mais contrairement à ce que nous annoncions alors, la sculpture de Marc Petit n’a jamais pris le chemin de la cité phocéenne. En voici les raisons telles que nous les a données le principal intéressé lors de notre visite en son atelier ce 12 juillet. Au début comme toujours les planètes étaient parfaitement alignées. La Ville avait contacté Marc Petit et d’autres sculpteurs en vue de la mise en place d’un parc immergé sur une plage du centre-ville. L’accord scellé, le choix de la pièce effectué, le moule récupéré, les choses ont commencé à déraper. Pourquoi en effet faire simple quand on peut faire compliqué. La ville plutôt que de tirer un exemplaire ciment directement à partir du moule qui lui avait été fourni a demandé à ce qu’un plâtre en soit préalablement tiré pour produire ensuite à partir de ce plâtre un nouvel élastomère et enfin, à partir de cet élastomère effectuer le tirage final en ciment. Un aller-retour supplémentaire dont l’utilité n’a paru évidente ni à l’artiste, ni à nous mais dont l’occurrence a irrévocablement mis à mal le projet. C’est en effet à ce moment que la Ville a fait état de sa principale devise existentielle, laquelle traduit parfaitement sa philosophie politique, à savoir que «Marseille est une ville pauvre». Ce qui en termes choisis signifie qu’elle ne peut ou ne veut mener à bien ses engagements à moins qu’un tiers, dans notre cas l’artiste, ne se substitue financièrement à elle. Financièrement uniquement car pour ce qui est des retombées économiques ou politiques, de la visibilité, de l’image de marque, elle ne souhaite partager avec quiconque. Dans le cas de Marc Petit l’argument n’a malheureusement pas porté. Il n’a pas trouvé la belle suffisamment attrayante pour s’engager plus et s’est retiré du projet. Ce n’est hélas pas la première fois que Galerie Anna-Tschopp se confronte à cette «impécuniosité» chronique de la Ville. En 2013, à l’occasion de «Marseille capitale de la culture», alors que tout était quasi-finalisé pour une exposition d’œuvres de Beppo dans le parc Bagatelle, la mairie du 8ème avait soudainement étendu ses exigences et nous avait demandé, en plus de satisfaire au transport, ce qui faisait partie des conditions initiales, de prendre en charge la maintenance et les assurances d’exploitation du site. Fin immédiate des négociations ! Pour en revenir à Marc Petit il faut peut-être se résoudre à admettre que le littoral méditerranéen ne lui réussit guère. Pour exemple, St Raphael où six de ses œuvres viennent d’être  sélectionnées dans le cadre de l’exposition «ExodeS». «L’exode», pièce particulièrement expressive et bien nommée ici,  bronze de plus de deux mètres de haut déjà présenté avec succès à Limoges, à Saverne, à Cahors et ailleurs n’a pas eu l’heur de plaire à St Raphael. Quoique son auteur la considère comme une de ses pièces majeures, quoiqu’elle ne fut installée sur le port que pour une durée limitée au 30 septembre, un collectif de riverains n’a pu supporter sa présence par trop déprimante et totalement inappropriée, selon lui, à l’esprit festif et estival des lieux. L’objet dépressif a conséquemment migré dans un endroit moins fâcheux pour la sérénité ambitionnée par ses détracteurs. La ville de St Raphael, probablement plus en fonds que celle de Marseille, n’a cependant pas demandé à l’artiste de payer les frais de déplacement.