Art'O'Rama mon amour



Après le salon Art Outsider de Meysse dont nous nous sommes faits l’écho dans notre dernière brève, nous commentons aujourd’hui les informations de marché et de tendances que nous avons retenues de la visite du salon «Art’O’Rama». «La Friche», ancienne manufacture de tabac recyclée en espace polyvalent à vocation culturelle comme à l’accoutumée accueillait l’événement. Si on en croit l’office de tourisme «La Friche» est un endroit intemporel et «rebelle» de la ville de Marseille. Que les plus craintifs se rassurent on y recense surtout des mutins subventionnés aux ardeurs insurrectionnelles plus qu’émoussées. La sédition est plus marquée dans les tags sur les murs que dans les têtes. Les couloirs sont lugubres et les pissotières dans l’état qui font la grande renommée française à l’étranger. Bref un squat grand format desservi par des transports en commun faméliques. C’est dans ce cadre emblématique que les organisateurs de «Art’O’Rama» posent leur salon et il faut leur reconnaitre le talent de savoir transcender une cour des miracles en salon d’art contemporain. L’agencement en est calqué sur celui d’une importante chaine suédoise de magasins de meubles mais sans son très utile fléchage de trajets ; ce qui implique un certain nombre de redites déambulatoires. On apprécie ou pas cet arrangement qui vous porte à visiter trois fois le même stand et à vous dispenser d’un autre. Le contenu dépareille-t-il du contenant ? La grève des agents d’entretien dont les détracteurs de l’art contemporain se plaignent depuis si longtemps semble enfin avoir pris fin ; moins de copeaux, de parpaings, de sacs de couchage et d’escabeaux oubliés sur les stands. Vidéo et photo virent à l’anecdotique alors que les installations perdurent quoique sous une forme totalement repensée. Elles ne composent plus des œuvres par elles-mêmes mais se métamorphosent en artifice de présentation avec, de notre point de vue, une très forte emprise du mouvement «Supports/Surfaces». Toutefois la lettre y semble mieux respectée que l’esprit. En effet oublié ici le support devenu surface, oubliée la prise à valeur égale de toutes les plans qu’ils soient verticaux ou horizontaux, oubliée la «mise à plat» généralisée de la peinture ; ne subsiste que l’écume du mouvement, des bribes de concepts transformées en habillage d’exposition. A l’exemple de cette toile de plusieurs mètres de long, assez académiquement peinte, sans châssis, sans sujet, sans projet, déroulée au gré du relief mobilier du stand. Nous pourrions résumer en disant que les artistes sélectionnés par «Art’O’Rama» sont à «Supports/Surfaces» ce qu’un acrobate de cirque est à un gymnaste olympique. Cependant un élément important du salon, peut-être son point d’orgue, nous mène à modérer notre jugement sur cette indigence supposée des artistes. Dans le cadre du salon sont distribués des prix, dont le «Prix Roger Pailhas», attribué en dernier et que l’on peut donc considérer de ce fait comme le plus prestigieux. Au nom du grand galeriste qui fut l’étendard nationalement reconnu de l’art contemporain à Marseille, ce prix récompense «le projet curatorial le plus audacieux». Il n’est donc plus ici question d’artistes ou d’œuvres, ce que tout visiteur de salon pourrait être en droit de rechercher, mais de «curation». Pas même de «curation», si on accepte ce néologisme, mais de «projet curatorial» dans lequel, comme le terme projet le suppose, l’idée doit prévaloir à sa réalisation. Une lecture plus attentive du libellé montre que ce n’est d’ailleurs pas la pertinence du concept qui est récompensée par ce prix mais sa superlative audace. Les délibérations du jury ont dû être enfiévrées car établir un mètre-étalon de l’audace ne doit pas être facile. Michel Audiard aurait probablement suggéré de mettre ce jury à Sèvres. A l’aune de ce prix on ne peut donc accuser les artistes de tous les maux. Le temps contemporain semble être à la «curation», et plus encore à la «curation» collectivisée. Dans cette forme la plus avant-gardiste de la contemporanéité, artistes de tous genres et curateurs de toutes espèces s’associent pour produire et se produire. Galerie Anna-Tschopp soutient à ses artistes que dès aujourd’hui et encore plus demain il leur sera incontournable d’exister par eux-mêmes sous peine d’invisibilité totale. Mais la solution du mélange des genres statutaire, mélange  apparemment très «genré» par ailleurs, que proposent beaucoup des participants du salon «Art’O’Rama» ne lui apparait pas pérenne.



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