La rentrée c'est «Art’O’Rama»



C’est la rentrée et nous ne savons pas par où la commencer tant l’agitation est grande dans un marché pourtant atone où plus rien ne semble vouloir fonctionner comme avant. Et où, probablement, plus rien ne fonctionnera comme avant. Chaque professionnel cherche donc plus ou moins frénétiquement à développer les nouveaux moyens qui pourront éclairer son avenir. Le problème ne semble d’ailleurs pas devoir affecter uniquement le monde de l’art mais plus largement celui du commerce. «On dirait que l'ancien monde finit, et que le nouveau commence. Nous voyons les reflets d'une aurore dont nous ne verrons pas se lever le soleil»*. Galerie Anna-Tschopp n’échappe pas à cette conjoncture difficile mais le fait que nous soyons propriétaires de nos murs et de notre stock nous y expose peut-être moins que d’autres. Ce qui ne nous interdit pas d’avoir nous aussi des projets pour demain mais l’immédiat de la rentrée à Marseille n’était pas le devenir de Galerie Anna-Tschopp mais le salon «Art’O’Rama» et accessoirement son greffon «Paréïdolie». Nous n’avons malheureusement pas pu nous rendre au second car il se déroule dans un quartier inaccessible aux transports en commun et impossible au stationnement. Nous prions, les organisateur s’ils nous lisent, de bien vouloir nous excuser de n’avoir pas su surmonter ces obstacles pour répondre favorablement à leur invitation. Pour ce qui concerne «Art’O’Rama» nous sommes à chaque fois saisi d’admiration quant à la réussite des maîtres des lieux dans métamorphose de ce qui n’est au naturel  qu’un squat géant. La réhabilitation temporaire du site, pour extraordinaire qu’elle soit, n’exclut cependant pas de retrouver des traces de son état premier dans les cages d’escalier qui ne sont pas sans rappeler le Brooklyn version 1971 de «Popeye» et «Cloudy». Le parterre et sa piste de skate ne sont pas à négliger non plus. Un univers authentiquement street-art accolé plus que collaboratif à ce que l’art dit contemporain semble vouloir être le chantre. Pour en revenir plus précisément à «Art’O’Rama» et à son contenu nous avons été très favorablement surpris. La peinture, sur toile ou sur papier, fait un retour en force et ne se contente plus de la portion famélique que lui laissaient autrefois les installations et autres photos ou vidéos. Tout ne nous a pas séduit, loin de là, mais au moins nous étions dans un bocal dont nous connaissons les contours. A chacun de préférer telle facture, ou tel artiste parmi les propositions que «Art’O’Rama» soumet à des visiteurs qui ont tout le loisir d’adhérer ou pas. De toute façon est bien malin qui peut en garantir l’existence pour les siècles des siècles. Il nous faut cependant nuancer sur deux points notre tout nouvel enthousiasme. Le premier concerne la partie «Edition Art et Design» du salon qui occupe trois niveaux non contigus à celui de «Art’O’Rama». Nous ne nous attarderons pas sur l’édition pour laquelle nous n’avons aucune des compétences qui pourraient nous permettre de nous improviser juge en la matière ; si ce n’est que nous avons cru discerner des participants qui de toute évidence ont un véritable savoir-faire technique. Non, ce qui nous a plus gêné est la partie «Design», où les «créations» tiennent pour beaucoup du concours Lépine revisité par des potiers improvisés. Sans personnalité, sans lignes, de guingois, instables. A oublier au plus vite. Les deux étages supérieurs sont encore plus consternants. On y retrouve les installations ressassées et l’absence de public si caractéristiques des FRAC. Un passé très décomposé que seuls les archéologues goûteront pleinement. Ce qui nous chagrine le plus est que la majorité des propos surannés du «Design» ou de «Art’O’Rama» émane de biotopes français et plus encore marseillais. Une obsolescence désolante en regard des galeries étrangères souvent beaucoup plus engagées dans leurs choix. Notre seconde retenue concerne les textes de présentation des œuvres et des artistes que l’on trouve sur le site https://art-o-rama.fr/fr/type/galerie/. Certaines de ces présentations nous ont fortement rappelé les motivations qui président au prix «Utopi.e» dont «Les Brèves d’Anna» a fait l’écho dans une parution de ce début d’année. On y retrouve l’officiel fatras de revendications sexuelles, politiques, et sociales, que personnellement nous n’avons pas été capables de déceler dans les œuvres. On peut donc logiquement se demander quel est l’intérêt de tout ce verbiage si ce n’est celui de faire étalage des capacités analytiques frelatées de sa.son.leur.s auteur.e.s. A moins que leur objet ne soit de tenter de donner à des œuvres une dimension qu’elles n’ont tout simplement pas. Hors ces deux restrictions collatérales nous pensons que l’édition 2023 de «Art’O’Rama» était de bonne tenue et que ceux qui se sont abstenus d’y venir ont eu tort.



Prochainement exposés à la galerie avec cinq autres de la même série



* François-René de Chateaubriand - Mémoires d'outre-tombe