L'art est une fiction



Il y a encore peu de temps le monde de l’Art était en grand émoi ! Et si on en parle moins aujourd’hui l’inquiétude n’en est pas retombée pour autant. Pourquoi cette ébullition ? Pour un non-événement bien entendu ! Nous revenons ici sur la nomination de son nouveau ministre de tutelle, à savoir le ministre de la Culture. Il faut le dire, Galerie Anna-Tschopp s’est toujours battue l’œil de ce genre d’effervescence collective, mais l’électrisation du débat a cependant pour incidence d’illustrer l’état d’alarme de certains protagonistes quant à la pérennité du système de «l’exception culturelle française». De notre point de vue Art et Culture ne devraient déjà pas être amalgamés. La culture existe avec ou sans ministère chez tous les peuples et dans toutes les classes sociales. Elle se définit par une somme de référents partagés qui permettent d’homogénéiser la communication et faciliter la compréhension. En d’autres termes chaque culture est une section des savoirs qui correspond à une section de population. Il en découle naturellement que hiérarchiser les cultures revient à hiérarchiser les populations et ainsi établir un état de domination des unes sur les autres. Au bas de cette échelle, la culture dite «populaire», jouit cependant d’un certain respect de la part des échelons du dessus mais nous pensons que la raison principale en est qu’électoralement il serait suicidaire de nier ouvertement la fraction majoritaire du corps social. Et nous en voulons pour preuve que des accusations d’intentions populistes et commerciales sont trop souvent proférées à l’égard des productions et ouvrages à vocation «populaire» pour ne pas douter de la qualité de l’empathie de la strate du haut envers celles du bas. Dans le petit monde des missionnaires de la culture le mercanti est l’ennemi absolu et le succès la confirmation de ses compromissions. A les suivre seuls les déficits de publics et de recettes sont dignes d’intérêt et gages de valeur. On comprend mieux alors les cris d’orfraie poussés par les défenseurs et souvent couramment bénéficiaires en cour-s de la culture officialisée au sujet de leur nouveau ministre. Car un ministre de la Culture, à défaut d’être un expert ou même un simple érudit, est en capacité d’orienter la distribution des subsides de l’Etat. Il s’agit donc d’un combat de survie pour toute une coterie qui sans sans le concours au plus haut niveau d’un allié obligeant risquerait de devoir céder sa place, voire de disparaître. L’hourvari est également justifié par le fait que la culture est un des rares agents à même de s’opposer victorieusement à cet autre grand pouvoir qu’est l’argent. C’est un argument que Galerie Anna-Tschopp vérifie fréquemment quand un visiteur ayant exprimé son engouement pour une œuvre, tempère ensuite son propos par l’excuse d’être profane en la matière, se soumettant ainsi à l’arbitrage de supposés sachants avalisés soit par l’Institution, soit par le Marché. Comme dans la plupart des combats de caste l’intérêt propre avance masqué d’une idée altruiste. C’est ici la garantie d’un «libre accès à la culture», abstraction que l’on pourrait résumer par : la popularisation - idée altruiste, par la subvention - intérêt propre. On doit pourtant s’interroger sur la pertinence de cet effort de démocratisation puisque personne n’acquiert de la culture mais que tous se définissent par et dans une culture. De notre point de vue il est hasardeux de confondre Culture et Erudition comme il l’est d’associer Culture et Education. Démocratiser la culture c’est tenter d’en imposer une, généralement présentée comme de référence par qui la maitrise, à qui en possède une différente. Certes on peut mettre un poisson de mer dans un bocal d’eau douce ; en vivra-t-il mieux pour autant ? Si jusqu’à présent nous avons éludé le propos artistique au profit du culturel ce n’est pas à dessein de respecter la désignation de notre tutelle ministérielle mais parce que pour nous l’art n’existe pas ; il est une fiction. Aucune époque ne produit de l’art dans son temps mais plus prosaïquement des objets, des concepts, des philosophies. C’est le témoignage a posteriori qu’apportent ces objets sur l’époque où ils ont été conçus qui constitue le matériau dont l’Art est fait. L’art ne se décline donc qu’au passé. Un passé toutefois très recomposé puisque, les concepts et les philosophies qui lui sont liés ayant disparu avec lui, il ne repose que sur l’imaginaire que l’on s’en construit au moyen des objets qui lui ont survécu. Donc si l’art au présent est une fiction, au passé il est un imaginaire. Un imaginaire qui fluctue au gré des oublis et des idéologies. Chaque siècle jauge ses prédécesseurs à l’aune de ses propres préjugés. On voit bien ici que sur des fondements aussi mouvants assurer prévoir ce que demain retiendra d’aujourd’hui tient de la supercherie. Un musée d’art contemporain relève donc de l’aberration puisqu’il a à charge de conserver ce qui n’existe pas et n’existera peut-être jamais. C’est pourtant le fonds de commerce de toute une intelligentsia fonctionnarisée qui assure son emprise sur les esprits par l’allégation médiatisée de son expertise, par un dédain marqué pour qui ose se définir ailleurs et par l’appui exorbitant que lui procure la Puissance Publique. La nomination d’un ministre de la bonne obédience est à l’évidence primordiale pour que ces disciples de la «Chapelle de la Contemporanéité» puissent se sentir soutenus par la plus haute autorité dans la poursuite de leurs chimères.



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