Art ornemental



Toujours attirée par les chemins peu empruntés Galerie Anna-Tschopp a acquis récemment deux multiples du peintre André Minaux qu’elle présente actuellement. Rien de plus banal qu’un multiple répondront les puristes. Il n’y pas là matière à s’enorgueillir. C’est exact mais tout dépend aussi de par qui, de comment ou de pourquoi a été réalisé le multiple. Les nôtres ont une origine et une facture qui les différencient des estampes courantes du marché lesquelles ont souvent pour attraction majeure d’être plus accessibles en prix qu’une œuvre originale. Remontons dans le temps. En 1847 Adolphe Braun, photographe, fonde les Editions Braun dont l’objet social est la reproduction photographique d’œuvres d’art. Il n’est pas ici dans notre propos de refaire l’historique et la promotion d’une entreprise aujourd’hui disparue si ce n’est que sa qualité de travail, principalement dans la fidélité de reproduction des couleurs, lui permit d’obtenir une concession d’exclusivité pour le musée du Louvre en premier chef et les musées nationaux ensuite. Son expertise étant reconnue elle diversifia ensuite ses supports d’impression et initia dans les années ’60 une collaboration avec des artistes, souvent familiers des techniques d’estampe, pour la réalisation d’œuvres originales éditées sur tissu. Ces tapisseries aux motifs imprimés et non tissés, tirées à deux cents exemplaires connurent un vif succès et c’est ainsi que nous en avons vu passer une, également signée par André Minaux, dans le cadre de la dispersion des collections de l’ancien Premier Ministre Pierre Mauroy. Nous n’avons pu acquérir cette dernière car la surprime que lui accordaient les enchérisseurs, probablement du fait de sa provenance, ne pouvait rendre acceptable son prix d’adjudication qu’à un collectionneur d’objets historiques ou liés. Mais la maison Braun et Cie conservait pour ses archives un exemplaire de chacune de ses éditions. C’est à cette source que nous nous sommes procurés nos deux tirages qui ont la particularité, archives de l’éditeur obligent, de porter chacun le numéro 1/200. L’une, «L’automne» a pour dimensions 71x117 cm et l’autre, nommée «Migration», 123x166 cm. Nous hésitons cependant toujours sur le mode de présentation de ces deux vraies/fausses tapisseries. Tout d’abord faut-il les attribuer à «Braun et Cie» ou à «André Minaux»? En effet pour au moins l’une d’entre elles les deux signatures figurent. Et si les deux comportent des œillets de suspension elles présentent également une bande vierge sur tout leur pourtour, laquelle pourrait être utilisée pour un agrafage sur châssis. Le choix de l’une ou l’autre de ces possibilités reviendrait à accorder une prééminence à André Minaux ou à Braun et Cie. Or qui des deux l’Histoire retiendra prioritairement ? A la condition même qu’Elle en retienne au moins un. Ce choix marquerait également notre préférence à les considérer comme des œuvres graphiques ou bien des pièces d’ameublement. A ce jour nous pencherions plutôt vers la seconde proposition mais en nous gardant de montages de présentation définitifs afin de nous laisser ainsi qu’à nos éventuels acheteurs une option de réversibilité.



En veux-tu ? En voilà !



Dans le précédent article de cette page nous «déclassions» les multiples en observance du jugement de certains collectionneurs puristes. Et bien nous conseillons aux mêmes de revoir leurs positions car une des principales galeries parisiennes de rang international vient d’ouvrir un «store» sur «ebay». De fait nous ignorons de quand exactement date cette ouverture mais ce que nous savons est que désormais ce magasin s’appuie sur de la publicité puisque nous recevons cette dernière. Il y a donc de la part de cette galerie pleine assomption de son mercantilisme. Mais attention, présenté dans une intention on ne peut plus caritative ! Nous en voulons pour preuve la considération justificative que fournit le galeriste : «Mes parents n'avaient pas les moyens d'acheter de l'art, mais notre maison était remplie d'affiches achetées dans les musées. Cette idée m'a toujours suivi. L'art est pour tout le monde !». Ce propos recèle une contradiction qui acte de la duplicité du discours. En effet si l’art ne peut être accessible du fait de son prix, alors, a contrario, on peut supposer que ce qui est facilement accessible n’en est plus. Cet argumentaire atteste de la tromperie sur marchandise. Il y a deux siècles ce monsieur aurait probablement troqué de la verroterie contre des biens plus conséquents auprès de «sauvages incultes». Ses propositions artistiques sont pour la plupart constituées d’impressions offset dites «ouvertes», c’est à dire sans limitation de tirages.  Eriger le «poster» en œuvre d’art, il fallait oser ; c’est fait !


Multiples d'André Minaux

Visible à la galerie




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