Circulez, y'a rien à savoir



Il est de bon ton en France de se plaindre de la lenteur administrative. Mais qu’en est-il vraiment ? Galerie Anna-Tschopp a testé pour vous et peut témoigner, quoiqu’une hirondelle ne fasse pas le printemps, de l’extrême célérité de l’Institut français de Tokyo. L’affaire remonte au mois de mars dernier quand nous avons présenté à nos lecteurs «Paysage d’Eygalières», tableau de Raymond Guerrier. Un de ceux-ci nous ayant fait remarquer qu’une étiquette collée sur le châssis pouvaient laisser conjecturer d’un déplacement au Japon, nous avons voulu en savoir plus et avons contacté à cet effet le consulat de ce pays à Marseille. Là, une voix féminine à modulation pentatonique nous a répondu que les mieux à même de nous renseigner était l’Institut Français de Tokyo. Nous avons alors effectué quelques recherches préalables afin de réduire au maximum le champ des investigations et faciliter les démarches de ce que nous supposions être nos futurs interlocuteurs. Le samedi 22 juin à 22h02, soit le dimanche 23 à 07h02 heure tokyote, nous leur avons adressé un mail leur demandant s’ils pouvaient consulter leurs archives au sujet d’une exposition titrée «French painters» qui se serait tenue à Tokyo en 1957. Le dimanche 23 à 02h28, soit 11h28 heure japonaise, nous obtenions un retour comme quoi notre demande était impossible à satisfaire. On ne peut que remarquer l’extraordinaire promptitude de cette réponse. A croire qu’ils avaient été prévenus de notre requête. Car en supposant qu’au Japon les dimanches soient ouverts à la culture et que l’embauche des agents de l’Institut Français s’y fasse à 7h00, 4h26 chrono pour dépouiller les mails de la nuit, les analyser et y apporter une réponse tient de l’exploit. Ces Luky Luke e-épistolaires méritent assurément une inscription dans le livre des records. Quelque peu ébranlés par cette surprenante fin de non-recevoir nous avons engagé deux démarches vérificatrices. La première consistait à renouveler notre envoi un jour plus communément ouvré, c’est à dire le mardi 25 juin. Que nos lecteurs les plus conservateurs se rassurent tout de suite, cette seconde tentative a confirmé le plus pur respect des traditions : nous n’avons jamais obtenu ni réponse à notre demande ni même accusé de réception de notre mail. Notre second mouvement fut de nous tourner vers le site internet de l’Institut Français de Tokyo pour voir si nous n’avions pas commis d’erreur quant aux missions de cette vénérable institution. Et là, en page d’accueil tout un chacun peut lire : « L'Institut français du Japon assure la promotion de la langue et de la culture françaises au Japon. Il propose et soutient des activités et événements dans de nombreux domaines : cinéma, musique, expositions, spectacles, ateliers, littérature, débats, études en France, notamment ». Tout tient évidemment ici dans l’adverbe « notamment ». Nos lecteurs pourront par ailleurs en trouver une très belle interprétation sémantique  en visionnant la tirade de Georges Lescuyer, alias « Leroy-Berthet » dans « Le sucre », film de Jacques Rouffio. Ce superbe invariable possède paradoxalement de très remarquables capacités alternatives qui lui permettent d’exemplifier sans exclure. Il est de ce fait très prisé car il permet à tous de faire autre chose que l’objet principal de sa fonction. Ainsi l’Institut Français de Tokyo a pour tâche d’assurer la promotion de la culture française au Japon, notamment dans le cadre d’expositions et de la tenue de leurs archives. Mais il peut aussi s’en foutre éperdument et préférer exercer sa députation dans le champ de la reconnaissance du cinéma underground francomtois ; rien ni personne ne le lui interdisent, ni même ne le lui reprocheraient. On peut cependant remarquer qu’à l’occasion d’élections législatives récentes et très disputées, des acteurs du monde diplomatique et consulaire français ont fait part de leurs inquiétudes quant aux conséquences que les résultats pourraient produire, notamment au sujet de l’image à l’étranger de la France et des Français. Leur est-il seulement venu à l’esprit que ces résultats redoutés puissent simplement être l’expression du ressenti de ces mêmes Français en regard, notamment, de la désinvolture crasse manifestée à leur endroit par tant de leurs représentants ?



Prise de rendez-vous



Les Brèves d’Anna va prendre maintenant quelques jours de repos dont elle a bien besoin. Elle fixe rendez-vous à ses lecteurs pour le 12 septembre 2024 à 11h00.


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