Patrick Moquet - Biographie / Biography



Qui est Bernard Morteyrol? Son parcours débute en 1942 à Paris. Il entre en peinture dans les années soixante et devient au début des années soixante-dix un membre actif du salon de la jeune peinture dont il assurera la présidence en 1973 et 1974. A la même époque et pour garantir son quotidien il travaille en tant que directeur de studio chez Disney où il «manage» pour l’Europe le journal de Mickey. Quand on demande à Bernard Morteyrol à quel courant pictural son travail se rapporte il répond qu’il se considère comme «un peintre de mai 68». Et en effet il en est l’archétype, aussi bien dans la thématique que dans la pratique. Au niveau de la thématique il dénonce les problèmes et enjeux de la société de l’époque : l’avènement du tout automobile, une société de consommation en plein essor, le soutien des pays occidentaux et de leur mentor, les Etats-Unis, à des régimes totalitaristes pour protéger leurs intérêts «vitaux» économiques et militaires. Le tout sur fond de censure d’Etat, radiophonique et télévisuelle. Mais sa pratique picturale inscrit Bernard Morteyrol au moins autant dans cette époque que sa thématique. Il considère la peinture en tant qu’acte politique plutôt que message et adhère avec force à la pratique autogestionnaire, à la réalisation collective d’oeuvres et à la mise en délibéré de leurs validités. Les questions essentielles sont alors: Que peindre? Comment le peindre? Pour qui le peindre? Qu’elle est l’utilité sociale des oeuvres réalisées ? Quoiqu’elle se soit progressivement diluée dans le temps cette radicalité n’a évidemment pas favorisé la diffusion des oeuvres des artistes qui l’ont pratiquée auprès du public et des institutions. Pourtant alors que le retour sur le devant de la scène de cette génération est aujourd’hui une réalité on peut se demander quelle est la cause du relatif retard pris par Bernard Morteyrol dans ce regain de faveurs. Hors le fait que le propos de l’artiste soit de manière continue l’un des plus «politiquement incorrect», tous ses pairs confondus, il tient probablement au choix de vie qu’il a fait dans les années quatre-vingts de venir s’établir en Provence, se coupant ainsi du microcosme artistique parisien et des projecteurs qui y sont rattachés. Mais les choses sont aujourd’hui en train de se rééquilibrer et il n’est pas utopique de penser que Bernard Morteyrol recouvre prochainement la place qui lui est due. Bernard Morteyrol travaille généralement par séries, chaque série entreprenant un travail spécifique sur l’image, lequel prolonge ou détaille un élément auparavant latent d’une série précédente. Si Bernard Morteyrol, à l’instar de nombre d’artistes du Pop, utilise la photographie comme veine inspiratrice, c’est beaucoup plus souvent à l’image dessinée qu’il fait appel. Qu’elle soit issue des tableaux de Maîtres classiques, tels Vermeer ou Giorgione, ou qu’elle provienne de la bande dessinée classique, des «Mangas» ou des «Comics». Son but est alors d’en sortir des éléments de leur contexte officiel éprouvé et approuvé pour leur conférer une signification beaucoup plus corrosive en leur proposant des confrontations inattendues.

Who is Bernard Morteyrol? It all starts in 1942 in Paris. He enters painting in the sixties and at the beginning of the seventies he becomes an active member of the Young Painting show, of which he will be president in 1973 and 1974. At the same time and to ensure his livelihood he works as a studio director for Disney where he «manages» Mickey’s newspaper for Europe. When we ask Bernard Morteyrol to which pictorial trend his work relates he answers that he considers himself as «a painter of May 68». And indeed he is the archetype of it, as much in the theme as in the practice. At the level of the theme he denounces the problems and the challenges of the society at the time: the rising of the all-engine, the developing consumer society, the support of the western countries and their mentor, the United States, to totalitarian regimes in order to protect their economic and military «vital» interests. All that on a background made of radio and television State censorship. But his pictorial practice places Bernard Morteyrol in his period at least as much as his theme. He considers painting as a political act rather than a message and strongly adheres to the self-administered practice, to the collective realisation of works and to questioning their relevance. The essential questions are then: what to paint? How to paint it? For whom to paint it? What is the social utility of the achieved works? Although it gradually diluted throughout the time, this radicalism did not necessarily encourage the distribution of the works done by the artists who followed it towards the public and the institutions. Nevertheless while the return of this generation under the spotlights is a reality today we can wonder what is the cause of the delay taken by Bernard Morteyrol in this revival. Apart from the fact that the artist’s purpose is continuously one of the most «politically incorrect», all his painters buddies taken together, it is probably because of the choice he made in the eighties when he settled in Provence, cutting himself from Paris artistic microcosm and spotlights that are directed on it. But today things are being rebalanced, and it is not unrealistic to think that Bernard Morteyrol will soon recover the place that is due to him. Bernard Morteyrol usually works by series, each series starting a specific work on the image, which prolongs or details an element that was latent in a previous series. If Bernard Morteyrol, like many artists of the Pop, uses the photography for inspiration, he uses much more often the drawn image. Whether it comes from classic masterpieces, like Vermeer or Giorgione, or it results from the classic comic strip, the «Mangas» or from «Comics». His purpose is then to extract some elements of their official tested and approved context to give them a much more corrosive meaning by proposing to them unexpected confrontations.