Devenir collectionneur



Nous n’avons pas la prétention de lire l’avenir, ni de prédire de qui ou de quoi demain sera fait. Nous nous contentons de proposer ici à ceux qui veulent bien nous écouter, quelques règles simples qui de notre point de vue ne peuvent pas les desservir. Parmi celles-ci : prendre confiance en soi, se méfier des modes, ne pas confondre plaisir et placement. Tout collectionneur, débutant ou confirmé, se devrait d’être autiste car en matière d’art, plus encore qu’ailleurs, il est plus confortable d’avoir «tort» à plusieurs que «raison» tout seul. Muni de ces quelques défenses nous pensons qu’il est possible, même pour qui s’estime néophyte, de s’aventurer sur le marché sans trop d’appréhension. Nous nous appliquons ces règles de prévoyance et c’est pourquoi, dans la présentation de page d’accueil du site internet de Galerie Anna-Tschopp, nous précisons que pour nous «tout ne se vaut pas et qu’il existe des différences notables parmi les travaux d’un même artiste». Dans notre activité d’acheteurs, parmi ce qui nous est proposé, nous devons tout comme nos clients, savoir choisir ce qui nous correspond le mieux. Nous considérons ensuite que la commercialisation de nos achats ne s’effectue pas en fournissant un conseil obligatoirement biaisé par le conflit d’intérêt qu’il renferme, mais en confrontant notre vision à celles de nos visiteurs. Nous leur expliquons pourquoi nous préférons tel artiste à tel autre et pourquoi dans la production de ce dernier nous avons sélectionné une œuvre ou une période plutôt qu’une autre. Cette confrontation s’établit bien entendu plus facilement avec des artistes déjà référencés, lesquels ont un œuvre classé, catalogué donc une fortune critique étoffée. Le cadre de la discussion est alors bien balisé ; et le prix des œuvres aussi. On peut certes toujours espérer trouver «mieux» pour «moins» mais l’expérience montre qu’en matières de qualité et de prix les adverbes n’aiment pas se contredire. Galerie Anna-Tschopp, en ce qui la concerne, estime que le travail de recherche et d’analyse qu’elle propose a un prix et qu’il appartient à ses clients de l’accepter ou pas. D’aucuns peuvent à juste titre penser l’argument cynique, «ploutocratiquement» tendancieux et sociétalement odieux. C’est pourquoi nous proposons aussi des travaux financièrement plus abordables car produits par des auteurs non reconnus par le marché. «Non» ou «pas encore», telle est la question ? Ici se situe le dilemme de tout amateur ; dans cette marge étroite qui sépare le plaisir du placement. Faire d’un achat coup double relève pourtant de la gageure. Pour être certain de «sortir» un gagnant il faut soit parier après la course, soit miser toutes les combinaisons possibles. Cette «martingale» est d’ailleurs celle des plus célèbres collectionneurs. A regarder de plus près les collections des Barnes, des Chtchoukine, des Guggenheim, des Morozov, on y retrouve tout et son contraire. Mais l’Histoire ne retenant que le nom des vainqueurs le simple calcul probabiliste se mue en éminente sagacité alors que ces grands collectionneurs avaient surtout comme point commun qu’au moment de la constitution de leurs collections ils ne craignaient pas pour leurs fins de mois. Faire fortune grâce à l’art est un leurre dont seuls les marchands tirent argument. Marchands nous mêmes notre but est cependant de tenter de convaincre un public hésitant du fait de sa timidité vis-à-vis de l’art ou de moyens financiers limités que collectionner lui est accessible à condition de ne pas espérer en retirer plus que ce qu’une oeuvre peut lui donner. Quoique…., parfois.…. Mais dans cette optique il faut mieux compter sur sa chance que sur sa clairvoyance. Pour conclure nous nous permettrons d’ajouter une dernière recommandation à l’adresse particulière des aspirants collectionneurs : il faut acheter. Et ceci pour deux raisons. D’abord parce que les artistes, pour rester longtemps contemporains, doivent se nourrir. Nous côtoyons trop souvent des amateurs qui se lamentent sur la peau de chagrin que constitue à leurs yeux le marché de l’art mais qui n’y engagent jamais un centime. Quel que soit leur degré d’érudition, si celle-ci n’est pas suivie d’un minimum d'actions pratiques elle demeure stérile. Jean de La Fontaine en fournit une magnifique illustration dans «L’enfant et le maître d’école». La seconde justification de la nécessité d’acheter est qu’y satisfaire est le meilleur moyen d’affirmer son regard. A moins de disposer des moyens des collectionneurs cités précédemment tout autre est en effet confronté à des choix difficiles et doit savoir hiérarchiser ses priorités d’acquisition. 

Un dernier avertissement : Le premier pas franchi exclut généralement tout retour en arrière !