Gérard Fromanger
« Bastilles-correspondances »
Série « Bastilles-Dérives »
Huile et acrylique sur toile – 2007 - 200 x 150 cm
Signature, titre, série, date et dédicace au dos
Provenance : collection particulière
Series « Bastilles-Dérives »
Oil and acrylic on canvas – 2007 – 200 x 150 cm
Signature, title, series, date and dedication on the revere
Origin : private collection
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Autres vues :
Le mot du marchand
A propos de la série : en 2016 Régis Debray écrivait : «avec Gérard Fromanger il y a de l’idée sous l’image». De fait on pénètre mieux dans le travail du peintre si on l'aborde en tant qu'artiste conceptuel. A cet égard la série «Bastilles-Dérives» peut être considérée comme l'une des plus représentatives. Elle illustre parfaitement l’idée du but à atteindre par la peinture et des moyens mis en œuvre pour y accéder. Gérard Fromanger a d'ailleurs souvent formulé que son choix d'un sujet était toujours conditionné par sa potentialité à être abordé «en peinture» c’est à dire par des moyens graphiques et avec pour outil principal la couleur. Une démarche très constante puisque ce choix le porte invariablement sur la relation que tout un chacun, et bien sûr lui-même, entretient avec le monde, terme pris au sens de foule aussi bien qu'à celui d’organisation sociale. «J’entre dans la rue quand je sors de l’atelier. Je ne sors pas dans la rue» - «C’est la foule qui fait l’Histoire. Sa présence fait l’événement et modifie les choses. Elle change les consciences». Il utilise alors l’image comme révélateur d'un sous-jacent invisible. Dans la série «Bastilles-Dérives» l’idée de départ est celle d’un labyrinthe dont chaque individu parcourrait les méandres sans toujours réussir à en sortir. On peut considérer que cette série se décline, «dérive» même, en trois séquences dont la première peut être perçue comme un pilote. Un pilote qui, s’il met en place tous les constituants de la série, les verra fortement évoluer dans les épisodes suivants. Celui-ci par sa configuration en diptyque dissocie les structures urbaines et les passants d’un quartier de la représentation cartographique du même. Les couleurs utilisées sont les primaires déjà employées dans une série précédente nommée «Quadrichromies». Sous forme de traits épais elles détourent les passants, épousent les architectures d’un côté et sillonnent les voies du plan de l’autre. Ce diptyque a été présentée par Galerie Anna-Tschopp en 2013. La seconde séquence marque une importante rupture avec le pilote. Le plan et l’image réunis sur une même surface entretiennent une relation ambiguë. En effet un plan est une image et une image s’établit sur un plan. Qui est donc plan et qui est image ? Les entrelacs colorés quant à eux s’amenuisent en épaisseur et s’augmentent d’un vert, d’un marron, d’un second bleu. Le plan et les figures, architecturales ou humaines, sont directement liés par des lignes qui passent de l’un aux autres sans fractures. Le tout compose des circuits déjà apparus dans «De toutes les couleurs, peinture d’histoire», une œuvre également de la série «Quadrichromies». L’auteur souligne ainsi une vérité évidente de ce début de 3ème millénaire, à savoir que l’organisation sociale est de plus en plus structurée en réseaux. Réseaux routiers, réseaux de télécommunications, réseaux sociaux, réseaux professionnels. «Je rends visible tout ce qui ne l’est pas et qui pourtant constitue le visible même : l’énergie qui transforme. Où les réseaux dominent». La dernière séquence est une sorte de synthèse des deux précédentes et y réintroduit un élément récurrent des travaux de Gérard Fromanger : la répertorisation des couleurs et des motifs sous forme soit d’une palette soit de cartouches. Ici les palettes prennent place dans des espaces vierges qui «repoussent» plans et figures sur les bords de l’image, allant parfois jusqu’à scinder complètement cette dernière. Les délinéaments colorés traversent toujours les œuvres mais ne suivent plus exactement les tracés des plans et des figures. Ils y circulent plus facilement et procurent une meilleure fluidité à l’ensemble. Elles s’épaississent également et imposent la couleur comme élément dominant de l’image, prépondérance par ailleurs attestée par les titres. Cette convention de nommage par la couleur dominante se rencontrait déjà dans la série «Le Peintre et le Modèle» et confirme que la couleur constitue bien l'architecture du travail de l’artiste et que chaque série n'en apporte que l'ornementation. Pour Galerie Anna-Tschopp les trois tableaux de la seconde séquence sont ceux qui illustrent le mieux «l’idée sous l’image» telle que formulée par Régis Debray. En effet le diptyque du fait de son fractionnement natif sépare trop radicalement la partie «géométrale» de la partie «urbaine» et rend abscons le concept de réseaux complexes reliant tout à tout. Au jansénisme des œuvres de la seconde séquence, lesquelles par leur économie vont juste à l'essentiel du sujet, celles de la troisième opposent une luxuriance qui en fait des peintures aux déclinaisons infinies rien que par l'éventail des possibles relatifs à la couleur dominante. Toujours pour Galerie Anna-Tschopp, le propos se dilue alors dans une facture plus aguicheuse et perd de son intensité.
A propos de l’œuvre : quoique faisant partie de la série «Bastilles-Dérives» qui comprend au total 14 tableaux dont un en diptyque, «Bastilles-correspondances» (200x150cm) appartient plus spécifiquement quant à sa facture à un groupe de trois œuvres. Les deux autres sont «Bastilles-connexions» (200x150cm) et «Bastilles-réseaux» (200x300cm) qui fait désormais partie des collections du musée Beaubourg. «Bastilles-correspondances» représente l’escalier de l’opéra Bastille, place de la Bastille à Paris accolé à un plan de celle-ci et de ses proches alentours. Des deux, qui est plan et qui est image puisque un plan est aussi une image ? Pour que ces derniers s’écartent de leur rôle premier et se muent en unités constitutives d’un tableau l’orientation du plan est inversée faisant passer le nord au sud. De ce fait l’image de l’escalier de l’opéra Bastille n’a plus de correspondance réelle avec sa place sur le plan. Intention de sa part ou hasard Gérard Fromanger dont la silhouette apparaît si souvent dans les œuvres n’est, à notre connaissance, pas représenté ici mais la localisation son atelier est visible.
Word of the merchant
Related to the series : in 2016, Régis Debray wrote: ‘With Gérard Fromanger, there is an idea behind the image.’ Indeed, one gains a better understanding of the painter’s work if he is approached from the perspective of a conceptual artist. In this respect, the ‘Bastilles-Dérives’ series can be considered one of the most representative. It perfectly illustrates the idea of the goal to be achieved through painting and the means employed to reach it. Gérard Fromanger has, moreover, often stated that his choice of subject was always determined by its potential to be approached ‘in painting’, that is to say through graphic means and with colour as the primary tool. This was a very consistent way, as this choice invariably leads him to focus on the relationship that everyone, and of course himself, maintains with the world—a term taken to mean as well the crowd than social organisation. “I enter in the street when I leave the studio. I do not go out onto the street” – “It is the crowd that makes history. Its presence creates the event and changes things. It changes minds” . He then uses the image to reveal an invisible underpinning.. In the series “Bastilles-Dérives”, the initial idea is that of a labyrinth through whose twists and turns each individual wanders without always managing to find their way out. One might consider that this series unfolds, or even ‘drifts’, into three sequences, the first of which can be seen as a pilot scheme. A pilot which, whilst establishing all the elements of the series, will see them evolve significantly in the subsequent episodes. Configured as a diptych, it separates the urban structures and passers-by of a neighbourhood from its cartographic representation. The colours used are the primary colours already employed in a previous series entitled ‘Quadrichromies’. In the form of thick lines, they outline the passers-by, hugge the architectures on one side and explore the paths of the map on the other. This diptych was exhibited by Galerie Anna-Tschopp in 2013. The second sequence marks a significant break with the pilot. The map and the image, brought together on the same surface, maintain an ambiguous relationship. Indeed, a map is also an image, and an image is established on a plane. Which, then, is the map and which is the image? The coloured interlacing patterns, for their part, become thinner in thickness and are enriched with a green, a brown, and a second blue. The plane and the figures, whether architectural or human, are directly linked by lines that flow seamlessly from one to the other. The whole forms circuits that have already appeared in a work from the series ‘Quadrichromies – De toutes les couleurs, peinture d’histoire’. The artist thus highlights an obvious truth of this early 21st century, namely that social organisation is increasingly structured into networks. Road networks, telecommunications networks, social networks, professional networks. “I make visible everything that is not visible and yet constitutes the visible itself: the energy that transforms. Where networks dominate”. The final sequence is a sort of synthesis of the two preceding ones, whilst reintroducing a familiar element of Gérard Fromanger’s work: the cataloguing of colours and motifs in the form of either a palette or cartouches. Here the palettes settle into blank spaces that ‘push back’ planes and figures to the edges of the image, sometimes going so far as to split completely this last one. The coloured outlines still run through the works but no longer follow the contours of the underlying planes and figures exactly. They flow more freely and lend greater fluidity to the whole. They also become thicker, establishing colour as the dominant element of the image, a precedence further attested by the titles. This convention of naming works through their dominant colour was already evident in the series *The Painter and the Model*, confirming that colour truly forms the structure of the artist’s work, with each series serving merely as an ornamental part to this structure. For Galerie Anna-Tschopp, the three paintings doing the second sequence are those that best illustrate ‘the idea beneath the image’, as formulated by Régis Debray. Indeed, due to its native splitting, the diptych separates the ‘geometric’ part from the ‘urban’ part too radically, rendering obscure the concept of complex networks that connect everything to everything else. To the works' Jansenism in the second sequence—which, through their economy, go straight to the heart of the subject—those in the third sequence display a luxuriance that makes them paintings with infinite variations, just by the range of possibilities bound the dominant colour. Again, for Galerie Anna-Tschopp, the message is then diluted in a more enticing style and loses its intensity.
Interview with Gérard Fromanger about the series ‘Bastilles-Dérives’
Related to the work : although part of the ‘Bastilles-Dérives’ series, which comprises a total of 14 paintings including one diptych, ‘Bastilles-correspondances’ (200x150cm) belongs more specifically, in terms of execution, to a group of three works. The other two are ‘Bastilles-connexions’ (200x150cm) and ‘Bastilles-réseaux’ (200x300cm), which is now part of the collections of the Beaubourg Museum. ‘Bastilles-correspondances’ depicts the staircase of the Opéra Bastille on Place de la Bastille in Paris, joined with a map of the place and its immediate surroundings. Of the two, which is the map and which is the image as a map is an image too ? To ensure that they depart from their original roles and become constituent parts of a painting, the orientation of the map is reversed, shifting north to south. As a result, the image of the Opéra Bastille staircase no longer really matches with its location on the map. Whether by purpose or by chance, Gérard Fromanger, whose silhouette so often appears in his works, is, to our knowledge, not depicted here, though the location of his studio can be seen.
OEuvres de la même série :
Référencement (ces documents sont consultables à la galerie) :
OEuvre de la même série appartenant aux collections du Musée Beaubourg / Centre Pompidou :
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